La biodiversité pour la protection des plantes dans son verger
Par Nicolas Mortas le mardi, juillet 21 2009, 21:13 - Agricultures - Lien permanent
Didier Rapp est âgé de dix-neuf ans en 2007 lorsqu’il hérite du verger de son grand-père. Il se découvre alors une passion pour l’arboriculture et décide de perpétuer la tradition familiale tout en apportant une nouveauté de taille : le 100% bio.
Son terrain d’une trentaine d’ares est situé en lisière du village de Geispitzen à une quinzaine de kilomètres de Mulhouse, dans le sud de l’Alsace. Bien que le verger soit peu étendu, une grande variété de fruitiers et de types de tailles y est représentée : cerisiers, noyers et néfliers en hautes tiges y côtoient pruniers, mirabelliers, cognassiers et pommiers en demi et basses tiges.

Pour préserver la santé de ses arbres sans aucun apport chimique, Didier favorise le développement d’un écosystème riche en auxiliaires de culture et améliore ainsi la biodiversité de sa parcelle.
Tout d’abord, il laisse se développer les graminées et les fleurs des champs qui poussent naturellement sur son terrain : ces hautes herbes constituent un habitat idéal pour les insectes et les grenouilles. Elles ne sont fauchées que partiellement début juillet pour alimenter les poneys et les lamas d’un voisin. La flore est ensuite complétée par des pieds de lavande pour attirer les pollinisateurs tels que les bourdons.
D’autre part, plusieurs zones de reproduction ont été prévues pour les auxiliaires : tas de graviers et tuiles empilées pour les lézards, briques et rondins de bois perforés pour les abeilles solitaires. Plusieurs nichoirs ont aussi été accrochés aux hautes tiges et les mésanges bleues, les pics épeiches et les merles y ont pris leurs quartiers.
Le recyclage des déchets organiques n’a pas été oublié : outre un compost traditionnel pour les feuillages et les mauvaises herbes, les branches élaguées lors de l’entretien sont utilisées de deux façons différentes. Une partie est laissée en tas de manière à constituer un abri pour la reproduction des grenouilles et des hérissons, une autre moitié est broyée puis épandue aux pieds des arbres. Les copeaux de bois empêchent ainsi le développement de plantes concurrentes et constituent un apport de carbone et d’azote lors de leur décomposition.

Pour favoriser la biodiversité de son verger, Didier ne manque pas d’idées. Deux projets lui tiennent aujourd’hui à cœur.
De nouveaux pommiers et poiriers en basses tiges seront plantés cet automne. Mais pas question de choisir les variétés au hasard : le jeune homme a opté pour des espèces anciennes, des cultivars sélectionnés avant 1900.
Le second projet concerne la diversité faunistique : introduire une chouette chevêche sur la parcelle. En effet, les vergers de la région étaient traditionnellement situés en bordure de village et représentaient un habitat idéal pour ce rapace prédateur des mulots. Il y bénéficiait de zones de reproductions protégées au milieu des arbres et de terrains de chasse découverts au dessus des prés et des champs voisins. Dans la plupart des villages alsaciens, les nouvelles maisons ont progressivement remplacé ou encerclé les anciens vergers et touchent aujourd’hui directement les parcelles agricoles. Cette évolution urbaine a fait disparaître une grande partie de l’habitat des chouettes chevêches dont les populations sont en déclin. C’est donc avec enthousiasme que la Ligue de protection des oiseaux a accueilli l’idée d’un nichoir sur la parcelle de Didier dont la situation géographique traditionnelle est idéale.

Cela fait maintenant deux ans que le verger est conduit selon les cycles biologiques naturels. La faune est omniprésente, les arbres sont en excellente santé et la récolte 2009 s’annonce exceptionnelle : un bel exemple qui montre qu’il est possible d’obtenir de bons rendements tout en respectant le milieu naturel.

Commentaires
Bravo Didier pour ta passion environnementale que tu fais vivre sur ton site et dans la pratique.
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement "Boileau"
Ton investissement pour le verger bio reste une manière d'obliger, ne fusse qu'envers toi-même, à la réflexion.
Au lieu dit "em Barg" tu mets ton idée à l'épreuve pour peut-être convaincre quelqu'un d'autre de la nécessité à se soucier de l'avenir...sainement et écologiquement.
Gérard-Germaine